LE CIRQUE DE SALAZIE

LE CIRQUE DE SALAZIE

Cascades dévalant les remparts, végétation luxuriante, ravines, pitons et îlets habités : Salazie est le plus verdoyant des trois grands cirques de La Réunion. Ouvert vers la façade Est de l’île et directement exposé aux masses d’air humide apportées par les alizés, il reçoit d’importantes précipitations qui ont profondément façonné son paysage.

Ici, l’eau est partout. Elle alimente les rivières, fait jaillir les cascades le long des remparts, nourrit une végétation particulièrement abondante et permet le développement des cultures. Mais elle participe également à une érosion intense qui continue de creuser les ravines, de fragiliser les pentes et de transformer le relief. 

Au milieu de cet environnement spectaculaire, les habitants ont progressivement occupé les replats laissés par la montagne et développé villages, des cultures et un mode de vie qui donnent aujourd’hui à Salazie une identité bien particulière.
paysages de salazie

Un cirque ouvert vers l’Est

Salazie occupe la partie nord-est du massif du Piton des Neiges. Comme Mafate et Cilaos, sa formation résulte de la longue évolution de l’ancien massif volcanique, associant mouvements de terrain, effondrements et plusieurs centaines de milliers d’années d’érosion.

Mais sa situation géographique lui donne un visage très différent de celui des deux autres cirques. Les reliefs de l’Est de La Réunion interceptent directement les masses d’air humide poussées par les alizés. En rencontrant la montagne, celles-ci s’élèvent, se refroidissent et génèrent d’importantes précipitations. Cette abondance d’eau explique en grande partie la végétation particulièrement dense qui recouvre les remparts de Salazie. Elle explique aussi la multitude de ravines et de cascades qui parcourent le cirque.

Au milieu de cet immense amphithéâtre naturel se dresse une silhouette immédiatement reconnaissable : le Piton d’Anchaing. Autour de lui, les remparts du massif du Piton des Neiges, de la Roche Écrite et des hauts reliefs séparant Salazie de Mafate et de Cilaos ferment progressivement le paysage.

Une seule grande ouverture naturelle permet aux eaux de quitter le cirque : la vallée de la Rivière du Mât, qui rejoint ensuite le littoral Est de l'île. C'est également par cette vallée que passe aujourd'hui la RD48, unique route permettant d'entrer dans le cirque. 
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Vallée à l'entrée du Cirque de Salazie

Un territoire naturellement difficile d'accès

Aujourd’hui encore, franchir les remparts permet de prendre conscience de ce qui a longtemps rendu Mafate si difficilement accessible.

Plusieurs passages permettent d’entrer dans le cirque. Le Col des Bœufs constitue l’un des accès les plus fréquentés, tandis que le Col du Taïbit permet de rejoindre Mafate depuis Cilaos. D’autres itinéraires passent notamment par le Maïdo, la Canalisation des Orangers ou remontent la Rivière des Galets. 

Ces passages constituent autant de portes ouvertes dans un relief qui, pendant plusieurs siècles, a offert des espaces particulièrement difficiles à atteindre. Cette géographie a joué un rôle déterminant dans l’une des premières pages de l’histoire humaine de Mafate : le marronnage. 

Mafate, terre de refuge des esclaves marrons

Durant la période esclavagiste, des hommes et des femmes fuient les plantations et les zones habitées du littoral pour chercher refuge dans les Hauts de La Réunion.

Ces esclaves en fuite, appelés marrons, trouvent dans les reliefs de l’intérieur de l’île des espaces où il est possible d’échapper plus facilement au contrôle de la société coloniale. Mafate devient l’un de ces territoires de refuge. Les remparts, les ravines, les pitons et les difficultés d’accès qui constituent aujourd’hui l’un des attraits du cirque représentaient alors autant d’obstacles pour ceux qui poursuivaient les fugitifs.

Cette présence a profondément marqué la mémoire des lieux. Les traces matérielles laissées par les marrons sont relativement rares, mais leur histoire demeure particulièrement présente dans la toponymie.

Cimendef, Aurère, Îlet à Malheur et de nombreux autres noms associés aux reliefs et aux îlets témoignent encore de cette période. Plusieurs possèdent une origine malgache ou sont associés, selon les sources historiques ou les traditions orales, à des figures du marronnage.

Le royaume de l’eau

À Salazie, l’eau ne constitue pas simplement un élément du paysage. Elle en est l’un des principaux architectes. Après les fortes pluies, les remparts se couvrent parfois de dizaines de cascades éphémères qui viennent rejoindre les nombreuses chutes d’eau permanentes.

Parmi elles, le célèbre Voile de la Mariée déroule ses multiples filets d’eau sur une longue paroi végétalisée. Plus profondément dans le cirque, d’autres cascades apparaissent au détour des routes et des sentiers, tandis que les ravines et les rivières poursuivent leur travail d’érosion.

En effet cette abondance possède également son revers. Les pluies tropicales et les épisodes cycloniques peuvent gonfler brutalement les cours d’eau, provoquer des éboulements et déclencher des glissements de terrain. 

Certaines crêtes et certains versants du cirque restent particulièrement instables. Salazie offre ainsi l’image spectaculaire d’un paysage toujours en construction et en démantèlement, où l’eau nourrit la vie tout en continuant à transformer la montagne. 

Certains de ces éboulis ont lieu sur des flancs de montagne loin de toute civilisation, mais d'autres se produisent le long de la route. Ainsi la RD48 rencontre encore aujourd'hui des périodes de fermetures partielles ou totales lors des gros épisodes pluvieux. Lors des fermetures complètes le Cirque de Salazie présente donc une configuration aussi enclavée que Mafate. 

Les premiers refuges

Bien avant l’installation durable des villages actuels, les reliefs de Salazie ont eux aussi servi de refuge aux esclaves marrons. Comme dans les autres régions reculées des Hauts de La Réunion, les ravines profondes, les remparts et les secteurs difficiles d’accès permettaient aux fugitifs de s’éloigner des habitations et des plantations du littoral, via des sentiers difficiles d'accès et inconnus à l'époque. 

Cette mémoire reste inscrite dans le paysage. Au centre du cirque, le Piton d’Anchaing porte le nom de l’une des figures les plus célèbres du marronnage réunionnais. Selon le récit transmis au fil des générations, Anchaing aurait trouvé refuge sur ce piton avec Héva, sa compagne, et leurs enfants. Depuis cette position dominante, il aurait pu observer les alentours et surveiller l’arrivée éventuelle des chasseurs de fugitifs. 

L’histoire d’Anchaing et Héva  appartient aujourd’hui autant à la mémoire du marronnage qu’aux récits et légendes de La Réunion. Le piton qui porte son nom en est devenu l’un des symboles les plus visibles.

L’installation des habitants

Le peuplement permanent de Salazie se développe véritablement au cours du XIXe siècle. L’abondance de l’eau, la présence de replats et les possibilités agricoles offertes par certaines parties du cirque favorisent progressivement l’installation de nouvelles populations venues notamment des régions de Saint-André et de Sainte-Suzanne.

Les terres sont défrichées et mises en culture. Des habitations apparaissent autour des zones les plus favorables et plusieurs lieux de vie se structurent progressivement : Salazie, Hell-Bourg, Grand Îlet, Mare à Vieille Place, Mare à Citrons ou encore Mare à Poule d’Eau.

Ces noms témoignent eux-mêmes d’une caractéristique du territoire : les replats et les mares ont souvent constitué des espaces privilégiés pour l’installation humaine. Certains vestiges de cette époque restent encore visibles, notamment autour du site de la Mare à Poule d'Eau. 

Mais l’eau va bientôt jouer un autre rôle dans l’histoire du cirque.

Hell-Bourg et l’aventure thermale

Au début du XIXe siècle, une source d’eau chaude est découverte dans le secteur qui deviendra plus tard Hell-Bourg. Des vertus thérapeutiques lui sont attribuées et les curistes commencent progressivement à rejoindre le cirque.

À cette époque, le voyage reste difficile. Avant que la route ne devienne praticable, il faut emprunter les sentiers et certains visiteurs fortunés rejoignent même la source en chaise à porteurs. Autour des eaux thermales se développe progressivement un lieu de villégiature. Des familles aisées de La Réunion viennent chercher dans les Hauts la fraîcheur et le repos, loin de la chaleur du littoral. Des demeures sont construites, accompagnées de jardins fleuris et parfois de ces petits pavillons ouverts caractéristiques appelés guétalis.

Le village prend le nom de Hell-Bourg et devient l’une des stations thermales réputées de l’île. Mais cette histoire va brutalement prendre fin. En 1948, un important cyclone provoque un éboulement qui ensevelit la source thermale. L’activité disparaît progressivement. Le thermalisme s’arrête en laissant derrière lui un patrimoine architectural remarquable.
hellbourg

Du refuge au territoire habité

L’histoire humaine de Mafate ne s’arrête pas au marronnage. Progressivement, des familles s’installent durablement dans le cirque. Les espaces relativement plats situés entre les ravines et les reliefs sont défrichés et cultivés. Ces zones deviennent les îlets, petites unités de vie dispersées dans la montagne.

L’agriculture vivrière permet aux habitants de produire une partie de leur alimentation dans un environnement où l’approvisionnement depuis le littoral reste longtemps difficile.

Au fil des générations, un véritable territoire se structure ainsi à l’intérieur du cirque. Cette organisation reste aujourd’hui parfaitement visible : Mafate ne possède pas de centre urbain unique autour duquel se serait développée la population. Les habitants vivent dans plusieurs îlets séparés les uns des autres par des ravines, des crêtes et parfois plusieurs heures de marche.

Les îlets de Mafate

La Nouvelle, Marla, Aurère, Îlet à Malheur, Îlet à Bourse, Grand Place, Cayenne, Roche Plate, Les Orangers ou encore Les Lataniers composent quelques-uns des principaux lieux de vie du cirque.

Chacun possède son environnement, son histoire et son identité.

La Nouvelle est aujourd’hui l’un des îlets les plus fréquentés et constitue une étape importante pour de nombreux randonneurs entrant dans Mafate depuis le Col des Bœufs. 

Plus au sud, Marla, installé à environ 1 600 mètres d’altitude, est le plus élevé des principaux îlets du cirque. Au nord, Aurère, Îlet à Malheur et Îlet à Bourse occupent un paysage particulièrement découpé où les plateaux habités semblent parfois isolés les uns des autres par les ravines et les pitons.

À l’ouest et au centre du cirque, Roche Plate, Les Orangers, Les Lataniers, Grand Place et Cayenne témoignent eux aussi de cette adaptation permanente de l’habitat au relief. Près de 150 kilomètres de sentiers permettent aujourd’hui de relier les principaux îlets et de parcourir Mafate.

Le chouchou, emblème de Salazie

S’il existe une plante immédiatement associée au cirque de Salazie, c’est bien le chouchou. Introduit à La Réunion au XIXe siècle, ce légume, également connu sous le nom de christophine ou chayote, a trouvé dans l’humidité et les températures de Salazie des conditions particulièrement favorables.

Les plantations sur treilles sont devenues une composante familière du paysage agricole. Mais le chouchou ne se limite pas à son fruit. Dans la cuisine réunionnaise, ses différentes parties peuvent être utilisées : le fruit bien sûr, mais également les jeunes pousses appelées brèdes chouchou et la racine, connue sous le nom de patate chouchou. 

La plante possède également une place dans l’artisanat traditionnel grâce à ses fibres. Au fil du temps, elle est ainsi devenue l’un des symboles agricoles, gastronomiques et culturels de Salazie.
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Chaque année, au mois de juillet, cette ressource agricole emblématique du cirque de Salazie est mise à l'honneur lors de Fête du chouchou. L'évènement se déroule du vendredi au dimanche, le temps d'un long weekend dans le village de Hellbourg. Cette année, la fête du Chouchou a eu lieu du 24 au 26 juillet  2026. 

Un territoire agricole façonné par l’humidité

Le chouchou n’est pas la seule culture favorisée par l’abondance de l’eau. Autour de certains îlets et villages apparaissent également des cressonnières. Certaines productions de cressons sont développées en agroécologie quand d'autres occupent le terrain humide des bassins naturels situés en contre bas du voile de la Mariée. 

Des cultures différentes occupent les terrains disponibles. Comme dans les autres cirques, l’agriculture doit cependant composer avec une géographie contraignante. 

Les grandes surfaces planes sont rares. Les parcelles occupent les plateaux ou s’adaptent aux pentes, tandis que les fortes pluies et les mouvements de terrain peuvent régulièrement modifier les conditions d’exploitation. Cette présence agricole contribue néanmoins fortement au paysage et à l’identité du cirque.

Découvrir Salazie

Contrairement à Mafate, Salazie est accessible par la route. Depuis Saint-André, celle-ci remonte progressivement la vallée de la Rivière du Mât et pénètre dans le cirque en suivant son unique ouverture naturelle.

Le voyage permet déjà de comprendre la place occupée par l’eau. La route longe le lit de la rivière, traverse des gorges et passe à proximité de nombreuses mini cascades aux débits variables, avant de rejoindre les premières zones habitées et le bourg administratif de Salazie. 

Après avoir dépassé le point de vue sur le célèbre Voile de la Mariée, une intersection permet de choisir entre les deux grandes directions qui structurent la découverte du cirque.

En poursuivant sur la RD48, la route conduit vers Mare à Poule d'Eau, puis rejoint Hell-Bourg. Au pied des remparts, l'ancien village thermal constitue aujourd'hui l'un des principaux sites patrimoniaux de Salazie. On peut notamment y retrouver les traces de son passé thermal et poursuivre la découverte à pied vers les anciens thermes.

En prenant à droite à l'intersection, la RD52 permet d'explorer une autre partie du cirque. Elle conduit notamment vers Mare à Vieille Place avant d'atteindre Grand Îlet. Une bifurcation permet de rejoindre Mare à Martin et ses environs, tandis qu'en poursuivant sur l'axe principal, la route continue vers les Hauts jusqu'au Col des Bœufs. Situé sur les hauteurs séparant Salazie de Mafate, ce secteur constitue l'une des principales portes d'entrée pédestres vers le cirque voisin.

La pratique de la randonnée permet d’aller plus loin dans la découverte du territoire. Depuis Hell-Bourg, des sentiers rejoignent notamment la forêt de Bélouve, tandis que d’autres itinéraires permettent d’explorer les remparts ou d’approcher le Piton d’Anchaing.

Salazie constitue également une porte d’accès vers les grands itinéraires de montagne et les paysages du massif du Piton des Neiges. Cette dernière randonnée qui mène au sommet de l'île en passant par le Cap des Anglais est classée difficile en raison d'une forte pente en début de parcours. Le trajet total lui présente un dénivelé positif d'un peu plus de 2000m.

Entre nature et patrimoine créole

Salazie fait partie intégrante des « Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion », inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, mais son identité ne repose pas uniquement sur la monumentalité de ses paysages.

L’eau qui descend des remparts, le Piton d’Anchaing, les villages installés sur les plateaux, les cases créoles de Hell-Bourg, les anciennes sources thermales et les treilles couvertes de chouchous racontent également l’histoire des femmes et des hommes qui ont progressivement investi le cirque. 

Mafate impressionne par son isolement. Cilaos par son enceinte montagneuse et la route qui a permis de la franchir. À Salazie, c’est l’eau qui donne le rythme. Elle a creusé le cirque, favorisé son peuplement, alimenté ses cultures, fait naître son aventure thermale et continue aujourd’hui encore à transformer ses paysages. C’est cette rencontre permanente entre l’eau, la montagne et la présence humaine qui donne à Salazie son caractère si particulier.
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Cirque de Cilaos
01:21, 13 octobre, 2026
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Sunset: 18:19

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