En Guadeloupe, Solitude est l’une des grandes figures de la résistance au rétablissement de l’esclavage en 1802. Enceinte au moment des événements, elle participe à la lutte contre les forces envoyées par Napoléon Bonaparte. Arrêtée et condamnée, elle est exécutée après son accouchement.
Connue sous les appellations de « négresse Solitude » ou de « mulâtresse Solitude », elle incarne aujourd’hui la détermination des femmes qui ont résisté à l’oppression coloniale. Derrière ce symbole se trouve une personne dont la vie demeure en partie méconnue, mais dont l’engagement a profondément marqué la mémoire guadeloupéenne.
Contrairement à ses compagnons de bataille, l'histoire de Solitude ne relève pas des faits certains et clairement documentés. Les infos connues aujourd'hui sont le fait de récits oraux transmis de générations en générations, des écrits de l'historien guadeloupéen Auguste Lacour publiés en 1858, et de l'histoire romancée dans le livre La Mulâtresse Solitude d'André Schwarz-Bart.
Elle serait le fruit d'un viol subit par sa mère, esclave africaine déportée, appelée Bayangumay, de la part d'un marin blanc inconnu. Conformément au code noir publié en 1685 , elle hérite et débute sa vie avec la condition d'esclave. Elle échappe tout de même aux durs travaux en étant placée dans les maisons des habitations des maitres qui l'ont achetée.
À l'approche de 1789, les bouleversements de la Révolution française accentuent les tensions en Guadeloupe. Les revendications de liberté se heurtent au maintien de la société esclavagiste. Des insurrections éclatent, tandis que les oppositions entre royalistes et républicains déstabilisent la colonie. En effet la résistance à l’esclavage n’a pas attendu que des décisions prises en métropole améliore la conditions des captifs. Le marronnage existe depuis longtemps. Des esclaves marrons quittent les habitations et cherchent à vivre hors de l’autorité de leurs maîtres.
Solitude est associée à cette histoire du marronnage et de la résistance avec notamment son ralliement à un camp de marrons sur la Basse Terre. Depuis la première abolition de 1794, la Guadeloupe connaît une période de transformations et de tensions. La disparition du statut d’esclave ne met pas fin à toutes les contraintes. Malgré ces limites, huit années de liberté ont changé les perspectives de milliers de personnes. Le retour à l’ancien ordre colonial menace directement cette nouvelle existence.
Le 6 mai 1802, le général Antoine Richepance débarque avec une expédition militaire envoyée par Bonaparte, alors Premier consul. La reprise en main de la colonie provoque une résistance qui rassemble des militaires et des habitants. Louis Delgrès, officier républicain né en Martinique, et Joseph Ignace, officier guadeloupéen des troupes locales, figurent parmi ses principaux chefs. Solitude appartient à cette mobilisation contre la remise en cause de la liberté.
Au moment de l'appel à la résistance de Delgrès, Solitude est localisée dans le camp des insurgés de la région de Basse-Terre, notamment à Dolé, où opèrent Palerme et Jacquet, deux chefs de la résistance.
Enceinte de trois mois, elle rejoint Delgres avec son compagnon lui aussi esclave marron. Armée de son pistolet, elle participe à toutes les batailles de Louis Delgrès. Sa présence rappelle que les événements de 1802 dépassent les seuls affrontements entre militaires. Des femmes prennent elles aussi part à la lutte, même si les récits conservés décrivent rarement leurs actions avec précision. Sa grossesse donne une dimension particulièrement humaine à son engagement. Le danger touche autant sa propre vie que celle de l’enfant qu’elle porte. Nous pouvons aisément imaginer les pensées d'une mère qui se projète et s'interroge sur l'avenir de son enfant dans une société ou l’esclavage serait rétablit. Cette interrogation donne un enjeu concret à à la lutte de Solitude.
En Guadeloupe, une statue de Solitude se trouve sur le boulevard des Héros, aux Abymes. Réalisée par le sculpteur guadeloupéen Jacky Poulier, elle a été inaugurée en 1999.
Solitude y apparaît debout, les mains sur les hanches, la tête haute et le ventre arrondi par la grossesse. Cette représentation de « fanm doubout » donne une forme visible à sa dignité et à sa détermination. Le monument constitue une étape pour découvrir la mémoire des résistants de 1802 et la place que la Guadeloupe leur accorde dans son espace public.
Dans un autre registre, en 2008, l'artiste, chanteur et compositeur guadeloupéen Pascale Vallot a créé une comédie musicale en hommage à Solitude. Son oeuvre se nomme Solitude la Marronne.
À Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, une œuvre du sculpteur Nicolas Alquin lui rend hommage depuis 2007. Elle inscrit la résistance des personnes esclavisées dans un espace de commémoration de l’abolition.
À Paris, un jardin porte son nom depuis 2020. Une statue réalisée par l’artiste Didier Audrat y a été inaugurée le 10 mai 2022. Solitude y est représentée enceinte, brandissant la proclamation de Delgrès.
Ces hommages contribuent à faire connaître son histoire au-delà des Antilles et à inscrire les résistances guadeloupéennes dans la mémoire de l’histoire de France.
Jardin Solitude à Paris : Source wikipediaDécouvrir Solitude, c’est rencontrer une femme dont l’histoire a longtemps tenu dans quelques lignes, avant de prendre une place importante dans la mémoire collective.
C’est aussi mesurer ce dont les silences de l'histoire peuvent nous priver parfois. Sa descendance a-t-elle su un jour, toute la place qu'elle occupe dans l'histoire.
Son nom perdure aujourd'hui et rappelle qu’en 1802, des femmes ont participé à la défense de la liberté en Guadeloupe, au péril de leur vie, et que leur place dans cette histoire mérite d’être pleinement reconnue.
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