
En Martinique, une silhouette montagneuse domine le nord de l'île. Balayée et caressée par les alizés et les nuages, la montagne Pelée est un monstre paisible avec lequel la population s'est habituée au fil des années. Derrière ce calme apparemment, il faut se rappeler que la Pelée est à la fois le dernier volcan actif de la Martinique et un des plus célèbres de la Caraïbe.
En effet l'éruption catastrophique de 1902 qui a détruit la ville de Saint-Pierre est un des plus dévastateurs du 20ème siècle. Avec près de 30 000 victimes et une ville rasée de la carte, le volcan a marqué les esprits et a attisé la curiosité scientifique de nombreux vulcanologues de renommée mondiale.
Le 8 mai 1902, l'éruption de la montagne Pelée va changer le cours de l'histoire en Martinique. Très actif depuis le début de l'année 1900, le volcan va progressivement montré des signes inquiétants. Sûrement par ignorance les autorités et la population ne prendront pas conscience de la gravité et de l'importance de l'évènement à venir. L'absence de réaction est peut-être et sûrement due aussi à une forme de négligence en raison d'un contexte et d'un enjeu électoral (élections législatives) qui accaparent tout le monde.
Le 8 mai, la nuée ardente et la lave détruisent tout sur leurs passages, faisant de Saint Pierre une ville en ruine, orpheline d'environs 28 000 âmes en seulement quelques minutes. Tous les bateaux présents dans la rade, du plus modeste au plus prestigieux, sont également brûlés et coulés. Le 20 mai une réplique termine le travail. L'activité reste intense toute l'année avec un pic au mois d'août, puis en 1908 avant une dernière éruption en 1929.
28 000 morts et seulement 3 survivants. Dès lors les vulcanologues et géologues s'intéresseront au volcan qui fait encore aujourd'hui l'objet d'une attention très particulière. La 1ère mission fut celle du géologue Alfred Lacroix à qui les autorités donne carte blanche pour son étude. L'observatoire situé au Morne des Cadets est affecté à une mission de surveillance intensive du volcan. Le choix du site n'est pas anodin. Au moment de l'éruption la nuée ardente s'était arrêtée à 300m du site de cet observatoire.
Au moment de l'éruption de 1902, la population n'a que très peu de recul sur le comportement et le danger du volcan Pelée.
Les seuls habitants qui possédaient une forme de connaissances sur les conséquences des éruptions du volcan de l'île étaient les Kalinagos. Ce peuple ayant une culture principalement orale, n'a laissé aucune trace écrite de leurs expériences avec le volcan. De surcroit, la conquête de l'île n'a guerre laissé place au dialogue avec le peuple premier de l'île. Seule l'archéologie et les fouilles ont permis d'identifier les dates ou périodes des éruptions précédentes, soit : Aux environs de -500, -60 avant JC puis vers 300 et 1300 au début de notre ère.
L'arrivée des européens et leurs récits ont permis de documenter les autres phénomènes. La plus ancienne précède l'arrivée des colombs un peu avant 1635, suivie de celle de 1792. Plus récemment l'île a été secouée par les éruptions des 05 août 1851, 08 mai 1902, 30 août 1902 et 18 octobre 1929.

De la catastrophe du 8 mai, seuls trois rescapés de la ville sont connus. Nous parlons bien ici des personnes présentes sur terre. Une vingtaine de marins et de passagers au mouillage ont en effet réussi à prendre la fuite à temps par la mer.
Dans la ville, le premier survivant se nomme Léon compère. Cet ancien cordonnier, debout devant chez lui, ressent les premiers effets brulants de la nuée dont la température varie entre 450 à 1050°c. Il se réfugie alors dans sa maison qui n'a pas de vue directe sur la montagne et n'est pas donc exposée directement. Elle prend tout de même feu et il se retrouve enseveli. Il réussit finalement à s'enfuir et découvre les cadavres calcinés dans la ville. Il doit visiblement son salut à la position de sa maison, située sous un repli du morne Abel. Il se réfugie dans la commune de Fond St Denis avant d'être soigné à Fort de France. Revenu vivre au Morne Rouge il survit à nouveau à l'éruption du 30 mois d'août. Il finit ses jours à Fort de France où il meurt en 1936.
Le second rescapé, assez méconnu, est une femme, la jeune Havivra Da Ifrile. Effrayée par la colonne de fumée qui se dirige vers la mer, elle saute dans la barque de son frère et se réfugie dans une grotte marine qu'elle connait bien. Elle sera secourue en mer quelques jours plus tard par le croiseur français "le Suchet".
Le troisième, et aussi le plus célèbre, est Louis Cyparis. Au moment des faits, ce dernier purgeait une peine de prison d'un mois. Il a été retrouvé 4 jours après le drame. Il déclara : «Au bout de 5 minutes, personne ne criait plus, excepté moi». Les murs épais de son cachot qui ne possédait qu'une petite ouverture vers l'extérieur l'ont sauvé de cette tragédie dont il a pu témoigner. Gracié par la suite, il s'est rendu mondialement célèbre en exhibant ses cicatrices dans un cirque. Faussement présenté aux yeux du monde comme le seul survivant, il est ensuite abandonné par la troupe après avoir été exploité. Il meurt au Panana en 1929.

De nombreuses nuées ardentes viendront du volcan les mois suivants. Celle du 30 août déborde de la Caldeira, atteint et détruit la ville du Morne Rouge. Le nouveau bilan fait état de plus de 1000 morts répartis sur les communes du Macouba, Ajoupa Bouillon et du Morne Rouge. Le prête qui avait soigné Cyparis fait partie des nouvelles victimes.
Pendant tous les mois qui vont suivre, un processus géologique de construction d'un pic, ou aiguille se poursuit au sommet de la Pelée. Il est détruit en son plus haut point à chaque explosion ce qui provoque une nouvelle nuée ardente. Le 31 mai 1903 l'aiguille culmine 1617m. Le phénomène recommencera avec l'épisode éruptif de 1929 avant que la montagne ne se stabilise a l'altitude actuelle de 1397m.
L'importance et la puissance de l'éruption de la Montagne Pelée ont eu un impact considérable sur certaines sciences. Le volcan suscita l'intérêt des plus grands vulcanologues et géologues de la planète, y compris les pétrologues (1).
Un observatoire temporaire initié par Antoine Lacroix fonctionnera jusqu'en 1925. Après un arrêt des études dû à l'inactivité du volcan, le travail reprend avec l'éruption de 1929. La construction de l'observatoire actuel du Morne des Cadets est décidée.
Ces études ont conduit à une meilleure compréhension des phénomènes liés aux nuées ardentes et a souligné l'importance de la surveillance des volcans. Des observatoires ont ainsi été créés pour surveiller les volcans actifs du monde entier. Le type "péléen" (2) est crée pour classé les volcans explosifs qui présentent les mêmes dangers.
La collaboration des scientifiques se fait également à l'échelle régionale et caribéenne. En effet sur l'ensemble de la Caraïbe, 9 volcans sont actuellement actifs dont ceux de Martinique, Guadeloupe, Montserrat, St Vincent, ou Ste Lucie. La plupart d'entre eux ont été actifs au 20ème siècle.
Les derniers réveils en date sont les éruptions de la Soufrière de la Guadeloupe en 1976, de Montserrat en 1995 et de Saint Vincent en 1979 et plus récemment en 2021. Au delà des grosses éruptions, l'activité de la Soufrière Hills de Montserrat a connu des explosions moyennes à majeur en 2003, 2006 et 2010. Ces phénomènes ont conduit à chaque fois à la destruction du dôme et à l'expulsion en altitude de cendres volcaniques qui ont notamment stoppé et paralysé les activités aériennes sur la Caraïbe en 2010.



© O'Spot alias Outremer Spot 2026 est 💚 fièrement propulsé par Outremer Digital - Tous droits réservés
© O'Spot alias Outremer Spot 2026
est 💚 fièrement propulsé par
Outremer Digital
Tous droits réservés