LE CIRQUE DE CILAOS

LE CIRQUE DE CILAOS

Le Cirque de Cilaos

Dominé par le Piton des Neiges et entouré de remparts spectaculaires, Cilaos dévoile un autre visage du cœur montagneux de La Réunion.

Ici, les parois abruptes, les pitons et les profondes ravines côtoient des îlets habités et un bourg installé à plus de 1 200 mètres d’altitude. Au fil du temps, les habitants ont appris à composer avec ce relief pour développer une identité propre, aujourd’hui indissociable des paysages du cirque.

Longtemps accessible uniquement à pied, Cilaos s’est progressivement ouvert au reste de l’île. Les sources thermales, la construction de la route puis le développement du tourisme ont profondément transformé son histoire.

Mais derrière la destination touristique se cache également une terre de marronnage, de peuplement des Hauts et de savoir-faire devenus emblématiques de La Réunion.

cilaos

Au pied du Piton des Neiges

Au pied du 
Piton des Neiges

Situé au sud du massif du Piton des Neiges, Cilaos est l’un des trois grands cirques de La Réunion. Sa formation s’inscrit dans la longue évolution de l’ancien massif volcanique : mouvements de terrain, effondrements et érosion ont progressivement creusé et remodelé le relief jusqu’à former l’immense dépression que nous connaissons aujourd’hui. Tout autour, les remparts forment une véritable enceinte montagneuse.

Le Piton des Neiges, point culminant de La Réunion à 3 070 mètres d’altitude, domine le cirque. À proximité se dressent également le Gros Morne et les Trois Salazes, tandis que les crêtes du Grand Bénare ferment une partie du paysage vers l’ouest. À l’intérieur du cirque, l’érosion a poursuivi son travail. Bras, ravines, crêtes et pitons découpent le territoire et isolent parfois les différents espaces habitables.

L’eau qui descend des montagnes converge progressivement vers le Bras de Cilaos, qui quitte le cirque par d’impressionnantes gorges avant de poursuivre sa course vers le littoral.
cilaos 24
Mare à Jonc au centre de Cilaos

Un territoire naturellement difficile d'accès

Aujourd’hui encore, franchir les remparts permet de prendre conscience de ce qui a longtemps rendu Mafate si difficilement accessible.

Plusieurs passages permettent d’entrer dans le cirque. Le Col des Bœufs constitue l’un des accès les plus fréquentés, tandis que le Col du Taïbit permet de rejoindre Mafate depuis Cilaos. D’autres itinéraires passent notamment par le Maïdo, la Canalisation des Orangers ou remontent la Rivière des Galets. 

Ces passages constituent autant de portes ouvertes dans un relief qui, pendant plusieurs siècles, a offert des espaces particulièrement difficiles à atteindre. Cette géographie a joué un rôle déterminant dans l’une des premières pages de l’histoire humaine de Mafate : le marronnage. 

Mafate, terre de refuge des esclaves marrons

Durant la période esclavagiste, des hommes et des femmes fuient les plantations et les zones habitées du littoral pour chercher refuge dans les Hauts de La Réunion.

Ces esclaves en fuite, appelés marrons, trouvent dans les reliefs de l’intérieur de l’île des espaces où il est possible d’échapper plus facilement au contrôle de la société coloniale. Mafate devient l’un de ces territoires de refuge. Les remparts, les ravines, les pitons et les difficultés d’accès qui constituent aujourd’hui l’un des attraits du cirque représentaient alors autant d’obstacles pour ceux qui poursuivaient les fugitifs.

Cette présence a profondément marqué la mémoire des lieux. Les traces matérielles laissées par les marrons sont relativement rares, mais leur histoire demeure particulièrement présente dans la toponymie.

Cimendef, Aurère, Îlet à Malheur et de nombreux autres noms associés aux reliefs et aux îlets témoignent encore de cette période. Plusieurs possèdent une origine malgache ou sont associés, selon les sources historiques ou les traditions orales, à des figures du marronnage.

Une forteresse naturelle

Avant la construction des voies de communication modernes, pénétrer dans Cilaos représentait une véritable expédition.

Les hauts remparts qui entourent le cirque et les profondes vallées qui le séparent du littoral constituaient des obstacles naturels particulièrement difficiles à franchir.

Comme à Mafate et dans d’autres secteurs reculés des Hauts de La Réunion, cette géographie a d’abord offert un refuge à des hommes et des femmes qui cherchaient précisément à disparaître du monde des plantations.

Sur les traces des marrons

Les premiers occupants connus du cirque furent des esclaves marrons ayant fui les habitations du littoral. Dans les montagnes, ils pouvaient profiter des difficultés d’accès, des ravines et des nombreux reliefs pour se cacher et tenter d’échapper aux détachements lancés à leur poursuite. Cette histoire reste inscrite dans le paysage.

Plusieurs noms de lieux et de sommets de cette partie de La Réunion sont associés à la mémoire du marronnage et à des personnages transmis par l’histoire ou la tradition orale. Parmi eux figure notamment Anchaing, dont le nom est aujourd’hui porté par un piton emblématique de l’intérieur de l’île. D’autres figures, comme Phaonce, restent attachées aux reliefs qui dominent le cirque.

Comme souvent lorsqu’il est question du marronnage réunionnais, histoire documentée et tradition orale se rencontrent. Les traces écrites sont rares, mais les noms transmis au paysage ont traversé les siècles.

Le peuplement du cirque

À partir du XIXe siècle, une nouvelle population commence à s’installer durablement dans Cilaos. Des familles modestes, souvent désignées sous le nom de Petits Blancs des Hauts, quittent les régions littorales et recherchent de nouvelles terres cultivables dans l’intérieur de l’île.

Elles occupent progressivement les replats disponibles et les îlets, défrichent les terres et développent une agriculture essentiellement vivrière.

Dans cet environnement difficile, chaque espace relativement plat possède une valeur particulière. Plusieurs lieux de vie apparaissent ou se développent ainsi à travers le cirque : le bourg de Cilaos, Bras-Sec, Palmiste Rouge, Îlet à Cordes et différents îlets plus isolés témoignent encore aujourd’hui de cette occupation progressive de la montagne.

Mais un événement va donner à Cilaos une destinée différente de celle de nombreux autres territoires des Hauts.

La découverte des eaux thermales

En 1815, des sources thermales sont découvertes dans le cirque. Des vertus thérapeutiques sont rapidement attribuées à leurs eaux et, à partir des années 1830, les premiers curistes commencent à rejoindre Cilaos. Le voyage reste pourtant particulièrement difficile.

Il n’existe alors aucune route permettant d’atteindre le cirque. Les voyageurs doivent emprunter des sentiers escarpés et franchir un relief particulièrement accidenté. Ceux qui en ont les moyens peuvent effectuer une partie du trajet en chaise à porteurs.

Malgré ces difficultés, le thermalisme se développe progressivement et contribue à faire connaître Cilaos au-delà de ses montagnes. Des établissements destinés à accueillir les curistes apparaissent et le bourg prend progressivement de l’importance.

Contrairement aux expériences thermales de Mafate et de Salazie, disparues au fil du temps, Cilaos a conservé cette tradition et demeure aujourd’hui la seule station thermale de La Réunion.

Du refuge au territoire habité

L’histoire humaine de Mafate ne s’arrête pas au marronnage. Progressivement, des familles s’installent durablement dans le cirque. Les espaces relativement plats situés entre les ravines et les reliefs sont défrichés et cultivés. Ces zones deviennent les îlets, petites unités de vie dispersées dans la montagne.

L’agriculture vivrière permet aux habitants de produire une partie de leur alimentation dans un environnement où l’approvisionnement depuis le littoral reste longtemps difficile.

Au fil des générations, un véritable territoire se structure ainsi à l’intérieur du cirque. Cette organisation reste aujourd’hui parfaitement visible : Mafate ne possède pas de centre urbain unique autour duquel se serait développée la population. Les habitants vivent dans plusieurs îlets séparés les uns des autres par des ravines, des crêtes et parfois plusieurs heures de marche.

Les îlets de Mafate

La Nouvelle, Marla, Aurère, Îlet à Malheur, Îlet à Bourse, Grand Place, Cayenne, Roche Plate, Les Orangers ou encore Les Lataniers composent quelques-uns des principaux lieux de vie du cirque.

Chacun possède son environnement, son histoire et son identité.

La Nouvelle est aujourd’hui l’un des îlets les plus fréquentés et constitue une étape importante pour de nombreux randonneurs entrant dans Mafate depuis le Col des Bœufs. 

Plus au sud, Marla, installé à environ 1 600 mètres d’altitude, est le plus élevé des principaux îlets du cirque. Au nord, Aurère, Îlet à Malheur et Îlet à Bourse occupent un paysage particulièrement découpé où les plateaux habités semblent parfois isolés les uns des autres par les ravines et les pitons.

À l’ouest et au centre du cirque, Roche Plate, Les Orangers, Les Lataniers, Grand Place et Cayenne témoignent eux aussi de cette adaptation permanente de l’habitat au relief. Près de 150 kilomètres de sentiers permettent aujourd’hui de relier les principaux îlets et de parcourir Mafate.

Une route pour désenclaver Cilaos

Pendant plus d’un siècle, les habitants et les visiteurs restent tributaires des sentiers permettant de franchir les montagnes. La situation change profondément avec la construction d’une route reliant le littoral au cirque.

Ouverte en 1932, elle constitue une véritable prouesse compte tenu du relief qu’elle doit traverser. Depuis Saint-Louis, la route s'enfonce dans les profondes gorges du Bras de Cilaos. Pour parvenir jusqu'au cœur du cirque, il a fallu épouser un relief particulièrement contraignant : multiplier les lacets, accrocher la chaussée aux parois et creuser plusieurs tunnels directement dans la montagne. 

Cette succession de virages, de passages étroits et de tunnels a donné naissance à celle que l'on surnomme aujourd'hui la « route aux 400 virages ». Plus qu'une route spectaculaire, elle témoigne des difficultés qu'il a fallu surmonter pour désenclaver un territoire jusque-là accessible essentiellement par les sentiers. Elle est aujourd’hui connue sous le surnom de « route aux 400 virages ».

Au-delà de son caractère spectaculaire, sa construction marque surtout un tournant majeur dans l’histoire de Cilaos. Les habitants peuvent désormais rejoindre plus facilement le littoral, les marchandises circulent davantage et le tourisme se développe. Le bourg renforce également son rôle de centre de services pour la population du cirque.

La route qui représentait autrefois le désenclavement de Cilaos est devenue, à son tour, l’un des éléments emblématiques de sa découverte.

Une identité façonnée dans les Hauts

L’isolement relatif du cirque et son histoire ont favorisé le développement de productions et de savoir-faire qui sont aujourd’hui étroitement associés au nom de Cilaos.

MA LENTILLE DE CILAOS

Cultivée sur les terrains du cirque, la lentille de Cilaos est devenue l’une de ses productions agricoles les plus réputées.

Les parcelles installées sur les îlets et les pentes témoignent d’une agriculture adaptée à un territoire où les surfaces cultivables sont limitées. Au-delà de sa production, la lentille fait désormais partie du patrimoine gastronomique du cirque et plus largement de La Réunion.

LE VIN DE CILAOS

Cilaos possède également une tradition viticole étonnante sous une latitude tropicale.

La vigne trouve dans l’altitude et les conditions particulières du cirque un environnement qui a permis le développement d’une production locale.

Longtemps associé à des vins familiaux élaborés à partir de cépages introduits dans les Hauts, le vignoble de Cilaos a progressivement évolué vers une production mieux structurée. Aujourd’hui, le vin participe pleinement à l’identité agricole et touristique du cirque.

LES JOURS DE CILAOS

Cilaos possède également un savoir-faire textile particulièrement original : la broderie dite « jours de Cilaos ».

Cette technique est associée à Angèle Mac-Auliffe, fille d’un médecin de l’établissement thermal, qui contribue au début du XXe siècle à transmettre cet art aux femmes du cirque.

La broderie devient progressivement une activité artisanale reconnue et l’un des symboles culturels de Cilaos.
À travers la lentille, le vin et la broderie, le cirque a ainsi transformé certaines contraintes liées à son isolement en éléments forts de son identité.

Cilaos, terre de montagne

Cilaos constitue aujourd’hui l’un des grands points de départ pour découvrir les paysages montagneux de La Réunion. Le cirque donne notamment accès au Piton des Neiges, dont l’ascension attire de nombreux randonneurs. De nombreux autres sentiers parcourent les remparts et les îlets ou permettent de rejoindre différents sites naturels du cirque.

Le relief et l’eau ont également favorisé le développement du canyoning, notamment dans les secteurs de Bras Rouge et de Fleur Jaune, tandis que les parois attirent les amateurs d’escalade.

Cette montagne reste cependant un environnement vivant et changeant. Les fortes pluies peuvent provoquer crues, éboulements et mouvements de terrain. Les sentiers comme la route sont directement exposés aux effets de l’érosion qui continue de façonner les remparts.
cilaos depuis la route aux 400 virages
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Cirque de Cilaos
01:20, 13 octobre, 2026
temperature icon 15°C
partiellement nuageux
Humidity: 81 %
Pressure: 1023 hPa
Wind: 5 Km/h
Wind Gust: 7 Km/h
Clouds: 40%
Visibility: 10 km
Sunrise: 05:48
Sunset: 18:19
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Cirque de Cilaos
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Un autre rythme au cœur de La Réunion

Cilaos possède cette particularité de réunir dans un même territoire des expériences qui pourraient sembler opposées. On peut venir y chercher l’effort d’une ascension vers les sommets, parcourir un canyon ou plusieurs kilomètres de sentiers, puis retrouver quelques heures plus tard l’atmosphère beaucoup plus paisible du bourg et son histoire thermale. 

On peut également simplement parcourir les îlets, rencontrer les producteurs, découvrir les broderies ou observer les remparts qui encerclent le cirque. Cette diversité raconte finalement une grande partie de son histoire.

Longtemps isolé derrière ses montagnes, Cilaos a progressivement transformé les contraintes de son relief en une identité faite de savoir-faire, de productions agricoles, de thermalisme et d’activités de montagne. 

Si la route permet aujourd’hui de franchir ses remparts en quelques heures depuis le littoral, les nombreux virages nécessaires pour atteindre le cirque rappellent que Cilaos est un territoire qui se mérite.

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