Peut-on emporter du sable, des coquillages ou des coraux en souvenir ?

Il est souvent tentant de vouloir ramasser un jolie coquillage trouvé sur une plage, ou encore de vouloir repartir avec un poignée de sable en souvenir de nos premières. Ce geste anodin est-il autorisé? interdit ? La question est rarement posée, et pourtant ce geste répété par des milliers de vacanciers peut avoir des conséquences inattendues sur les écosystèmes et la stabilité des plages des îles.

plage de l'hermitage

À La Réunion

Il est préférable de ne rien prélever sur les plages de La Réunion. Cette recommandation relève à la fois de la loi et de la protection du littoral.

Dans le périmètre de la Réserve naturelle nationale marine de La Réunion, l’extraction de sable est interdite. La collecte des coraux, vivants ou morts, entiers ou fragmentés, ainsi que celle des coquillages vivants ou morts, est également interdite, sauf autorisation particulière liée notamment à la gestion ou à la recherche scientifique.

En dehors de la réserve, le Code de l’environnement encadre aussi le prélèvement de sable et de matériaux lorsqu’il risque de compromettre l’intégrité des plages et des dunes. Le ramassage d’une quantité minime peut parfois être toléré, mais un prélèvement important ou déraisonnable peut être sanctionné par une amende pouvant atteindre 1 500 euros. La règle applicable aux coquillages vides est comparable.

Au-delà de la réglementation, chaque élément joue un rôle dans l’équilibre du littoral. Le sable et les débris coralliens contribuent au maintien des plages. Les coquilles vides peuvent abriter des bernard-l’ermite ou se fragmenter progressivement pour rejoindre le sable. La laisse de mer nourrit également de nombreux organismes et favorise la fixation de la végétation.

Un coquillage ou une poignée de sable semble insignifiant. Multiplié par des milliers de visiteurs, ce geste participe pourtant à l’appauvrissement des plages et accentue leur vulnérabilité face à l’érosion. Rappelons-nous que les plages de la Réunion, sont encore jeunes à l'échelle géologique. Il est important de les laisser se développer.

La meilleure règle est donc simple : photographier, observer et laisser chaque élément à sa place.

Aux Antilles

Sur les plages de Martinique et de Guadeloupe, le sable, les coquilles et les débris coralliens participent directement au maintien du littoral. Le prélèvement de sable est encadré par le Code de l’environnement et peut être sanctionné lorsqu’il compromet l’intégrité de la plage. Les principaux coraux constructeurs de récifs bénéficient en outre d’une protection spécifique : leur destruction, leur fragmentation ou leur enlèvement sont interdits, qu’ils soient vivants ou morts.

Pour les coquillages vides, il n’existe pas d’interdiction générale identique sur toutes les plages, mais des règles plus strictes s’appliquent dans les cœurs du Parc national de la Guadeloupe, les réserves naturelles et certains autres espaces protégés.

Le lambi, d’autres mollusques et les oursins sont par ailleurs soumis à une réglementation particulière. Face à une coquille dont on ignore l’espèce, l’origine ou la présence éventuelle d’un animal, la règle la plus sûre reste de la laisser sur place.

Dans le Grand Cul-de-Sac Marin, les visiteurs sont expressément invités à ne prélever ni coquillages ni coraux.

coquillage et sableplage et trait de côte

En Polynésie française

L’extraction de sable, de corail et de granulats est interdite sur le domaine public, notamment sur les plages, dans les lagons et sur les récifs, sauf autorisation particulière. Certaines espèces de coquillages sont également protégées ou soumises à des restrictions de prélèvement, de détention et de transport.

À ces règles s’ajoutent les rāhui, des espaces dans lesquels les communautés décident de suspendre ou de limiter certains usages afin de permettre aux milieux et aux ressources de se régénérer. À Bora-Bora, un rāhui de 574 hectares a récemment été officiellement inauguré au sud de l’île le 23 septembre 2026, autour du récif de Matira. Classée réserve naturelle intégrale, cette zone interdit pendant la période de protection la pêche, la navigation et les activités nautiques, sauf dérogations particulières, notamment scientifiques. Les infractions peuvent être sanctionnées par une amende allant jusqu’à 180 000 F CFP. 

Dans un lagon placé sous rāhui, une coquille, un fragment de corail ou une poignée de sable ne doivent donc jamais être considérés comme de simples souvenirs. Plus largement, la réglementation variant selon les îles, l’espèce et le classement du site, la règle la plus respectueuse reste de ne rien prélever.

À l'Île Maurice et aux Seychelles

À Maurice, l’extraction du sable corallien dans les lagons est interdite et la réglementation prohibe également le prélèvement des coraux, vivants ou morts, et des coquillages dans la zone maritime. Cette protection est particulièrement importante sur une île presque entièrement entourée de récifs, où le sable blanc résulte en grande partie de l’érosion naturelle des organismes calcaires.

Aux Seychelles, les visiteurs ne doivent pas ramasser les coquillages, prélever du sable ni endommager les coraux. Les parcs marins interdisent le prélèvement ou la perturbation de la faune et de la flore, vivantes ou mortes, tandis que certaines espèces de coquillages sont protégées sur l’ensemble de l’archipel. L’exportation de coquillages et de coraux est également réglementée et peut nécessiter un permis.

Lutter contre l'érosion

Préserver une plage signifie donc ne pas emporter ses matériaux, mais aussi laisser sa végétation accomplir son rôle naturel de protection.

Les plages de Martinique et de Guadeloupe, sont également fragilisées par les houles cycloniques et les passages répétés des ouragans. Après chaque épisode majeur, certaines perdent une partie de leur sable et de leur végétation, tandis que le trait de côte peut reculer. Ce fut notamment le cas de la plage de Grande Anse au Diamant, qui avait particulièrement souffert de la houle de l'ouragan Beryl en 2024 et avait perdu son aspect habituel durant plusieurs mois.  

Des opérations de restauration sont alors menées pour favoriser la fixation naturelle des sols, notamment par la plantation ou la régénération d’espèces adaptées au littoral, comme le raisinier bord de mer, la patate bord de mer ou certaines herbacées rampantes. En Guadeloupe par exemple, la flore de la plage de Bois Jolan est inscrite dans un programme de restauration écologique et d'adaptation au changement climatique. 

Ces végétaux ne sont pas de simples éléments décoratifs : leurs racines retiennent le sable, limitent son déplacement par le vent et participent à la reconstitution progressive de la plage. Les jeunes pousses restent toutefois très vulnérables au piétinement. Lorsqu’une zone est balisée, mise en défens ou laissée en régénération, il est important de respecter les cheminements aménagés et ne pas traverser les espaces de repousse, même pour rejoindre plus directement la mer.

Ces remarques sont d'ailleurs valables à la Réunion où un travail important est actuellement mené pour la protection de la flore des plages. 

Quel que soit le territoire, l’absence de panneau d’interdiction ne signifie pas nécessairement que le prélèvement est autorisé. Entre la réglementation du site, la protection de certaines espèces et les formalités douanières, le souvenir le plus simple à rapporter reste une photographie, et l'expérience idéale est le moment partagé avec la faune et la flore.

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