La Houle Australe à la Réunion
Plusieurs fois par an, particulièrement durant l'hiver austral, d'impressionnantes vagues viennent frapper les côtes de la Réunion. Certaines vagues sont des murs d'eau qui atteignent plusieurs mètres de hauteur avant de venir s'écraser sur les roches et falaises du littoral.
Ce phénomène qui n'est pas lié à la météo locale et qui rappelle toute la puissance de l'Océan Indien porte un nom : La houle australe.
C'est quoi la Houle ?
Les vagues généralement observées sur les plages sont créées par le vent qui souffle localement. En transmettant son énergie à la surface de l'eau, il forme des vagues dont la hauteur et la fréquence dépendent de sa force et de son intensité. Lorsque le vent faiblit ou change de direction, ces vagues diminuent rapidement. L'absence totale de vent permet d'ailleurs, d'observer parfois ce qu'on peut appeler une mer d'huile.
La houle fonctionne différemment et trouve ses origines à des centaines, voire des milliers de kilomètres des côtes réunionnaises.
Au cœur des puissantes dépressions qui se forment dans les mers australes, des vents violents soufflent pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, sur de vastes surfaces océaniques. La transmission progressive de toute cette énergie à la surface de l'eau génère une onde qui se propage librement à travers l'océan Indien.
Une houle observée à La Réunion peut donc avoir pris naissance plusieurs jours auparavant dans les mers australes, au sud de Madagascar ou même à proximité de l'Antarctique.
En pleine mer, la houle est souvent peu spectaculaire. La grande profondeur de l'océan permet à l'onde de se propager sans difficultés, ce qui rend relativement discrets les mouvements de l'eau en surface.
En revanche, à l'approche du littoral, les fonds marins remontent progressivement et l'eau ne peut plus circuler aussi facilement en profondeur. L'énergie qui continue d'arriver du large pousse un volume d'eau, toujours plus important, vers la surface. La vague grossit, se redresse et finit par s'effondrer en déferlant sur le littoral.
Les trois houles observées à La Réunion
La houle d'alizés
C'est une houle classique et fréquente, faible à modérée, qui influence globalement le littoral est de l'île, entre Saint-Denis au nord et Saint Philippe au sud-est. Générée par les vents est/sud-est, cette houle est généralement peu spectaculaire et fait quasiment partie du quotidien de l'île.
La houle cyclonique
Comme son nom l'indique, cette houle est spécifiquement générée par les cyclones tropicaux. Elle est donc observable durant la période cyclonique de l'Océan Indien qui s'étale entre les mois de novembre et avril. La durée et l'intensité de cette houle sont intimement liées à la puissance des phénomènes. Elle est généralement plus courte mais souvent très énergétique et peut causer d'énormes dégâts sur l'ensemble des côtes de la Réunion. Elle diminue et disparaît avec l'éloignement des phénomènes météorologiques.
Quelques hauteur de vagues mesurées ou estimées durant les cyclones à la Réunion
- Dina en janvier 2002 : vagues estimées à 14m de haut
- Gamède en février 2007 : presque 12m
- Bejisa en janvier 2014 : presque 11m
- Fakir en avril 2018 : 9m
La houle Australe
Représentant plus de 50% des phénomènes annuels de houles à la Réunion, la houle australe se rapproche de la houle cyclonique et peut parfois causer autant de dégâts. Il arrive qu'elle puisse impacter les activités touristiques.
Elle trouve son origine dans les dépressions et tempêtes qui évoluent autour des quarantièmes rugissants entre les mois de mai et septembre. Les ondes générées se propagent vers le nord avant d'atteindre les côtes des îles de l'Océan Indien. Les vagues associées peuvent mesurer de 4 à 12m de haut en fonction de l'amplitude.
Des effets variables sur le littoral
D'une manière générale le relief sous-marin de la Réunion est aussi abrupt que ses montagnes terrestres. Cependant les pentes varient et influencent de manière différente le comportement des volumes d'eau. Le spectacle sera totalement différent selon que la houle aborde un récif corallien, une plage de sable, une côte rocheuse, ou une falaise basaltique.
Sur la côte ouest protégée par le récif, une partie de l'énergie est dissipée avant d'atteindre le lagon.
Certaines fortes houles peuvent cependant surpasser ce récif et créer des courants suffisamment puissants, capables de perturber la baignade dans le lagon et ainsi provoquer la fermeture des plages.
Au Cap Méchant ou au Souffleur, où les falaises plongent rapidement dans l'océan, la houle conserve davantage de sa puissance jusqu'au rivage. Les vagues se redressent brutalement et viennent exploser contre les falaises.
Au Baril, ou à la Pointe au sel, le relief volcanique et les plateformes basaltiques offrent un spectacle encore différent, avec la projection d'immenses gerbes d'eau et d'embruns lorsque les vagues frappent les roches.
Les mesures de sécurité à respecter
Lors des épisodes de houles, une grande vigilance est nécessaire et il est impératif de respecter les consignes de sécurité. En effet depuis plusieurs années, la Réunion déplore le décès de plusieurs personnes qui ont été emportées par des vagues. Il s'agit aussi bien de locaux que de touristes. Attirés par la beauté de l'impressionnant phénomène, et aussi parfois par l'envie de faire de belles images, certains badauds s'exposent au danger.
Rester à bonne distance
Certains sites disposent de grandes plateformes rocheuses en bordure de mer ou de falaises qui offrent des points de vue uniques sur l'océan. La prudence invite à garder ses distances avec les bords afin de ne pas se faire happer par une vague ou éviter une chute qui serait à coup sur mortelle.
C'est notamment le cas à la Pointe au Sel, à la Pointe des Châteaux ou au Cap Méchant.
Il arrive également que des personnes empruntent le brise lame du Port de Saint-Gilles (image n°1 de la galerie) malgré la pancarte qui indique le danger en cas de houle. Cet édifice, se faisant régulièrement submerger (image n°2) lors des fortes houles, c'est clairement l'exemple à ne pas reproduire !
Navigation
Les conditions d'entrée et de sortie des ports deviennent délicates. Les manœuvres sont alors réservées aux navigateurs expérimentés ou suspendues lorsque la sécurité n'est plus garantie. C'est le cas notamment du Port de Saint Gilles (image n°3).
Interdiction de baignade
Certaines plages ou lagons peuvent être interdits à la baignade quand les conditions de sécurité ne sont pas garanties. Certaines de ces plages disposent de postes MNS qui sont incapables d'assurer la surveillance dans de bonnes conditions. L'accès est alors fermé et notifié, soit via des panneaux, soit grâce aux drapeaux rouges. C'est notamment le cas sur les plages de boucan Canot, des Roches Noires, du lagon de l'Hermitage, de la plage de la Saline-les-bains ou du Trou d'eau.
D'une manière générale, les prévisions de houle sont particulièrement suivies de près par les surfeurs, les pêcheurs et les plaisanciers, qui analysent plusieurs paramètres qui leur permettront d'anticiper les conditions de mer et ainsi adapter leurs activités respectives. N'hésitez pas à demander conseils aux réunionnais ou aux professionnels de la zone.
